Cinq ans après l’insurrection des Plumes Bleues, qui a conduit à la libération de la ville de l’emprise des corporations, et la fin du Cordon Hygienis, créé pour circonscrire l’épidémie de Polychaos Nova, Néo-Lutèce est enfin libre.
Les anciens murs qui séparaient les quartiers insurgés de la Nouvelle Elysée sont enfin tombés mais pas les inégalités qui les accompagnaient.
Le Conseil Fédéral

Désormais, Néo-Lutèce n’est plus gouverné par un seul et même dirigeant, mais par un conseil fédéral, composé des représentants élus de chaque secteur. Si la nouvelle constitution s’applique à tout le territoire, les secteurs ont une relative autonomie en ce qui concerne la sécurité, le recours aux corporations admises pour le service aux citoyens, l’urbanisme et les transports.
La notion de secteur prioritaire a complètement disparu : chaque citoyen est soumis à la loi fédérale quel que soit son statut et répond de ses actes devant la cour fédérale (ex Cour Transverse).
Depuis la loi Dumas, où pour la première fois, un dirigeant corporatiste a été jugé devant une cour civile, les membres des corporations doivent répondre des actes de leur entreprise personnellement s’ils sont impliqués dans une affaire transgressant les lois fédérales.
Le Conseil Fédéral est actuellement composé de responsables de secteur. Les deux partis majoritaires sont LIBRE, proche des corporations et d’une politique libérale, et le Parti Lutécien (PLT), parti historique de Néo-Lutèce qui s’est distingué par une politique sociale et sa participation active à l’insurrection.
Le Parti Unioniste, plus modeste, défend l’idée de la réintégration de Néo-Lutèce au sein de Nova Franka sous le nom de Paris : l’idée séduit de plus en plus d’électeurs, en quête de stabilité, mais échaudés à l’idée de retomber sous le giron des corporations.
L’ancien parti au pouvoir, le Parti de la Liberté, est désormais déclaré comme illégal à Néo-Lutèce, après les divers scandales dont il a été l’instigateur : corruption, assassinat et libération de l’intégralité des prévenus de la Carcérale sans autorisation.
Les Bugz et la citoyenneté
La Constitution de Néo-Lutèce accorde désormais la citoyenneté aux individus porteurs du Polychaos Nova, une bactérie responsable de graves mutations sur l’organisme. Autrefois parquée dans les Zones Insalubres et abattus comme du bétail par la corporation Killverm, la communauté Bugz s’est organisée en groupes politisés, dont les éléments les plus radicaux, la Bugz Nation, ont porté les intérêts les armes à la main.
Le conflit civilisationnel entre les tenants de la “Nouvelle Humanité” et les “Archaïques” (terme péjoratif pour les non-contaminés) a atteint son point d’orgue lors de la révolte des Bugz, en 2125.
Aujourd’hui, les citoyens Bugz ont deux choix : accepter le traitement Mutablock, mis au point par les recherches communes de la Concorde et de la corporation Panarkos ou rester au sein de territoires administratifs établis composant la Réserve.

Les lois internes à la Réserve diffèrent des lois fédérales de Néo-Lutèce, notamment en ce qui concerne les exceptions culturelles de certaines ethnies Bugz.
Elles sont gérées entièrement par le Bureau des Affaires de la Nouvelle Humanité, le BANH, et surveillé par la Mandibule, une section de la Brigade entièrement constituée d’agents Bugz.
L’existence d’un foyer possible de Polychaos Nova et l’exception législative de la Réserve, donnant lieu à certains trafics, sont contestés par une partie de la population lutécienne.
D’une rive à l’autre

Les changements de constitution n’ont cependant pas réussi à abolir les inégalités. Les anciens secteurs prioritaires, peu touchés par les conflits et ayant massivement soutenus les corporations, bénéficient encore des toutes les infrastructures dont les firmes les avaient dotés, ainsi que de larges financements leur ayant permis d’investir dans les quelques secteurs lucratifs de Néo-Lutèce.
Ces quartiers abritent également les sièges sociaux des corporations locales et de celles qui n’ont pas quitté le territoire après la constitution. De fait, leur criminalité a largement dépassé celle de la rue. Le Cartel et surtout l’Ourobos détiennent aujourd’hui les infrastructures du luxe, de loisir et de l’immobilier, après avoir investi massivement dans le “nouveau gouvernement”
Sur l’autre rive, c’est la “rue” qui a gagné et ses allures ne trompent pas : si les “beaux quartiers” ont misé sur la mode léchée et classique chère aux corporations, les quartiers populaires eux, revendiquent leur passé insurrectionnel, encouragé par le Parti Lutécien qui a fait de l’indépendance son principal programme. Les héros révolutionnaires y sont célébrés par le nom des rues, les fresques holographiques et les statues célébrant les martyrs de l’Insurrection des Plumes Bleues, qui a permis l’indépendance de la ville.
La loi de la rue
Mais l’enthousiasme des premiers temps a laissé sa place à des constats plus prosaïques : la plupart des lutéciens sont restés très méfiants à l’égard du politique, le coût colossal du départ des principales corporations a eu un impact économique désastreux et l’effondrement du Crédit Sesterce s’est transformé en inflation catastrophique, dont la ville peine à sortir, condamnant la monnaie locale à l’oubli.
La criminalité de rue, autrefois idéaliste et révolutionnaire, a laissé place à un désœuvrement cynique, contraignant la nouvelle Brigade Damoclès à recruter massivement pour endiguer cette flambée. Si les règles sont aujourd’hui appliquées sur tout le territoire, elles sont plus transgressées que jamais. Après la guerre civile, les rues ont été inondées d’armes à feu par les corporations, qui y avaient trouvé un marché lucratif. Si une partie des insurgés ont été désarmés, la plupart des gangs sont aujourd’hui dangereusement équipés, rendant la mission de la Brigade plus difficile encore.
Dans les quartiers aisés, on se méfie d’une force de police qui a pris partie pour l’insurrection lors de la guerre corporatiste et ce sont les agences d’auxiliaires de justice et de chasseurs de prime comme les Lone Hunters qui ont pignon sur rue. Certains citoyens, enfin, se constituent en groupe de justiciers autoproclamés, causant parfois plus de problèmes qu’autre chose.

L’indépendance lutécienne et le blocus francien

Néo-Lutèce est libre, mais n’a jamais été aussi isolée. Son passif insurrectionnel, sa responsabilité dans la seconde guerre corporatiste, le chaos qui a succédé à la quarantaine et les revendications d’une communauté jugée comme une menace pour la salubrité mondiale en ont fait le mouton noir de la communauté internationale.
Si pour une partie du monde, la révolution lutécienne est une lueur d’espoir dans un espace gouverné par les puissants, pour le reste en revanche, elle représente une menace qui risque de s’étendre.
Dans ce contexte, Nova-Franka, qui n’a jamais renoncé à ses velléités de réintégrer “Paris” dans son giron, a, soutenu par les corporations, mis en place un blocus militaire qui a largement contribué à l’assèchement de l’économie lutécienne.
Malgré les stratégies audacieuses du conseil fédéral, le niveau financier de Néo-Lutèce devient critique : des coupures d’énergie sont régulièrement planifiée pour économiser le stock faiblissant de Néodyme, la plupart des produits sont aujourd’hui soumis à un système de rationnement et la ville doit se réinventer pour parvenir à tenir debout, après s’être relevée.
Le Referendum
Cinq ans après la mise en place de la fédération, il est aujourd’hui temps de faire le bilan. Pour garder son indépendance, Néo-Lutèce doit prouver au yeux du monde qu’elle a la ressource nécessaire pour montrer aux yeux de tous, en particulier à ceux qui n’attendent qu’un faux pas, qu’il est possible de choisir son destin.
Le Conseil Fédéral doit aujourd’hui, cinq ans après sa constitution, éprouver sa résilience. Nova Franka, convaincue que Néo-Lutèce est sur le point de s’effondrer après cinq années de blocus, vient de faire un premier pas diplomatique : si sa proposition de réintégrer “Paris” au sein de son bloc est repoussée, alors Néo-Lutèce devra obtenir sa reconnaissance à l’internationale en tant que cité état.

En cas d’échec et de refus de la population de passer sous protectorat de Nova Franka, le blocus militaire s’intensifie, isolant encore plus la ville qu’aujourd’hui.
En cas de réussite, le gouvernement francien s’engagera à reconnaître la souveraineté de Néo-Lutèce et à reprendre une relation plus pacifiée avec elle, lui ouvrant de nouvelles perspectives d’avenir.
Pour ce faire, les critères internationaux seront les suivants : indépendance énergétique, autogestion alimentaire, maintien d’un état de droit et de sécurité pour ses citoyens, système sanitaire opérationnel et gestion de la prolifération du Polychaos Nova et enfin existence d’une identité culturelle lutécienne.
Si ces cinq critères sont en deçà des normes internationales, Néo-Lutèce ne pourra être reconnue officiellement comme un état indépendant.
Encore fragile, l’équilibre de Néo-Lutèce sera pourtant l’unique solution pour montrer au monde qu’il est possible de ne plus vivre à genoux.

